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Série Barbituriques,histoire 4. Quand un prof vous rend fou...

Dans chacune de mes histoires, Barbie finira par tuer Rick, mais comment vais-je vous y emmener ? HIHIHI !

 

Barbituriques histoire 4

Mots choisis : paragraphe, alterner, hiéroglyphes, pachyderme, balivernes, drone, coffret.

Quand un prof vous rend fou.

 

Jazz était une blonde pulpeuse qui avait toujours tout réussi dans la vie. N’allez pas croire qu’elle n’était qu’une femmelette sans cervelle,  elle était aussi maligne et sportive qu’elle était belle.  On aurait pu croire que dame nature lui avait tamponné toutes les cases d’attributions et de dons  avant sa naissance.  Élève précoce, à  vingt ans, elle avait déjà en poche un diplôme d’ingénieur en biochimie. Après son stage en entreprise, un contrat d’embauche lui avait été proposé, mais elle avait décliné l’offre, désirant d’abord vivre de nouvelles expériences. Ce matin-là, elle attendait avec des dizaines d’autres jeunes femmes dans la salle d’attente d’une célèbre agence de mannequinat.  Elle voulait tenter d’alterner les parcours, son rêve étant d’exercer plusieurs professions,  au rythme de ses appétences.

Pour patienter, Jazz lisait la brochure contenant les termes des différents contrats proposés par l’agence. Le  paragraphe 4 lui fit froncer les sourcils, on pouvait lire que tout contrat était exclusif et liait l’employée pour un temps défini. Il fallait qu’elle trouve un moyen d’échapper à cet alinéa, elle voulait bien gagner de l’argent à faire du mannequinat, mais elle voulait aussi poursuivre la recherche. La photographie la passionnant, elle comptait également participer à quelques expositions et, enfin, elle rêvait de  s’essayer dans  l’enseignement.

Comme à son habitude, elle obtint des notes de choix et fut retenue pour être présentée aux directeurs, ceux qui trancheraient en ne gardant que deux filles parmi les finalistes. Elle franchit cette dernière étape, mais pour se voir refuser la possibilité d’échapper au fameux paragraphe 4.

_             Mademoiselle, lui affirma l’un des deux hommes, si nous ne transigeons pas sur ce détail, c’est parce que votre emploi du temps sera tel, qu’il ne vous laissera que peu de liberté. À moins d’être pourvue de pouvoirs magiques et d’avoir la possibilité de mettre deux journées dans une seule, vous devrez accepter tous les termes du contrat, plaisanta-t-il. Sachez toutefois que les places sont chères. Profitez d’être jeune et dotée de cette beauté qui vous caractérise pour saisir votre chance.

Relever les défis, voilà ce qui caractérisait Jazz bien plus que sa beauté. Elle aurait bien giflé ce pachyderme superficiel qui, au lieu de montrer l’exemple, toisait les jeunes filles de son air hautain, mais elle désirait vraiment défiler, décrocher des contrats juteux, afin de pouvoir offrir à sa mère tout ce que la vie lui avait refusé. Elle se força donc à sourire et signa le contrat.

Jazz se souvint que, petite, elle avait rencontré une dame très âgée. C’était alors qu’elle se sentait si différente des autres, sans véritables amis, que sa mère l’avait emmenée voir cette « prêtresse de la nature ».  Elle était une de ces rebouteuses qui soignaient tous les maux sans conter de balivernes, sans demander rien en échange que du respect et un poulet ou un service. Cette dame, mieux que n’importe quel psy,  avait su voir les possibilités de la gamine. Elle avait rassuré la mère et la fille en prédisant que tout serait différent pour elle, toute sa vie, mais que cela serait toujours à son avantage. Avant que sa mère et elle aient passé la porte de sa maison, elle avait glissé à la petite Jazz : « Quand tu seras prête, reviens me voir. Et avant que la petite, surprise, ouvre la bouche, elle avait ajouté. : Tu sauras, ne t’inquiètes pas. »

En effet, Jazz savait ; le moment était venu de revoir cette femme.

Elle ne fut pas difficile à trouver. Elle habitait toujours la même petite maison dévorée par le lierre au bout d’un chemin rarement emprunté. Ne s’y rendaient que les gens que le bouche-à-oreille menait se faire soigner. Lorsqu’elle leva la main pour frapper à la porte, les bruits d’une poubelle renversée, d’un chat hurlant puis d’une petite voix appelant sa mamie, la firent sursauter. La vieille femme apparut sur le seuil de la maison, tira Jazz par les épaules afin de la faire entrer et lui enjoint de la suivre :

 _            Tu  tombes bien, viens vite me donner un coup de main.

Les deux femmes coururent à travers la maison et débouchèrent à toute vitesse dans le jardin. Une fillette d’environ huit ans, une poupée à la main, pleurait en montrant la poubelle en alu que le courant de la petite rivière éloignait doucement.

_             Ton chat a voulu voler ma Barbie ! Je l’avais posée sur  la petite poubelle à l’envers, c’était sa fusée spatiale. Il a sauté et il a tout cassé ! Maintenant ma poupée est toute mouillée !

La vieille femme parut follement soulagée.

_             J’ai cru que tu étais tombée à l’eau Juliette ! Tu as rattrapé ta Barbie, tout va bien alors. Ne pleure pas, elle va sécher. Je t’ai dit de ne pas jouer si près du bord. Je ne sais pas nager, je ne pourrai pas aller te cherche, tu le sais bien ! Allons, va jouer un peu dans ta chambre, mamie a besoin de discuter avec la dame qui vient d’arriver.

_,           Mais, la poubelle, mamie…

_             Elle est trop loin pour qu’on la rattrape. Allons, tu m’as assez donné d’émotions comme ça, dans ta chambre mademoiselle !

Les deux femmes se retrouvèrent devant un thé fumant, la petite racontant des histoires à sa poupée dans la pièce attenante. Jazz put, enfin poser les questions qui lui brûlaient les lèvres :

_             Est-ce que vous savez qui je suis ? Je ne sais pas trop par quoi commencer…

_             Je sais exactement qui tu es, et je sais comment t’aider, je te l’ai dit la dernière fois. Je n’ai rencontré qu’une seule gamine dans ton genre de toute ma carrière, alors, je t’attendais.

Alors que la jeune femme cherchait ses mots, la guérisseuse la devança.

_             Les choix sont impossibles, n’est-ce pas ? Tu voudrais faire des choses que les autres ne pourraient pas cumuler ?  Sache que le temps qui passe n’est rien d’autre qu’une suite de feuilles superposées que l’on peut ranger à sa convenance, lorsqu’on en a les codes.

La femme se leva, sortit une clé de son corsage, ouvrit une petite armoire située au fond de la pièce et en sortit un petit coffret de bois finement sculpté d’idéogrammes semblables à des hiéroglyphes.  Après avoir vérifié qu’elle allait bien, elle ferma à clé la porte de la chambre de la petite et revint tirer les rideaux de la salle de séjour. Elle ouvrit ensuite le coffret et frappa des mains ; les deux femmes se retrouvèrent dans le jardin. La petite était en train d’asseoir sa poupée sur la poubelle retournée. Soudain, le chat sauta pour attraper la Barbie, la poubelle bascula dans l’eau, la petite rattrapa in extremis son jouet par les cheveux avant qu’elle dérive. Le chat dans son élan tomba dans la poubelle, ne pouvant en sortir.

Jazz voulut courir sauver la pauvre bête, mais la guérisseuse l’en dissuada.

_             Tu ne peux pas interférer sur ce qui s’est déjà passé. Regardant au loin, là où la poubelle avait sombré, elle ajouta : Mon pauvre Rick doit être noyé à l’heure qu’il est.

Elle frappa à nouveau  des mains et Jazz se retrouva assise en face d’elle dans la salle de séjour.

Elle expliqua à la jeune femme comment elle devait se servir du coffret. Elle pourrait vivre jusqu’à quatre situations dans une même journée, mais ne pouvait le faire qu’avec des personnes et en des lieux différents et chaque soir, à minuit, elle devait avoir refermé le coffret.

C’est ainsi que Jazz devint exactement ce qu’elle désirait et devint riche à souhait. La possession de ce coffre faisait d’elle une nouvelle détentrice des codes. Elle apprit à se servir des pouvoirs du coffret, celui-ci se trouvait toujours au-dessus de sa tête, tel un drone qui veillait sur son avenir. Elle en vécut des aventures, je peux vous le dire ! À commencer par ses élèves tous fous d’elle…

ERB



18/08/2016
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